J’ai toujours perçu la démarche du criminologue comme une attitude hypocrite, celle qui dit qu’il peut re-sentir le crime, le comprendre, ou l’analyser sans jamais avoir eu besoin de passer à l’acte. Ayant commencé à travailler autour de la prostitution masculine, ma démarche ne pouvait occulter la question de la pornographie. Je suis alors rentré dans une maison de porno gay, comme assistant monteur, assistant photographe, le but était d’intégrer une société, apprendre à correspondre à leurs codes pour ensuite les mettre en jeu dans ma démarche propre. Je ne pouvais pas m’offrir une totale liberté face à ces codes si je ne les avais pas éprouvés physiquement et esthétiquement d’abord. Il s’agissait d’une question de légitimité de faire pour moi.
    Il était difficile d’isoler les questions de fond, de revendications ou de militantisme, de la seule forme pornographique. La première chose que j’y ai noté  est la différence entre ce qui est fait et ce qui est montré. Dans cette «intégration» une fois le stade de la «légitimité de faire» passé, je me suis attardé aux conditions du «off».

    Cette expérience dans une maison de production pornographique, m’aura appris une attention nouvelle à la manière de faire l’image. Elle m’aura montré que dans une démarche artistique telle que je l’entrevois il faut aller au bout des choses jusqu’à y intégrer les notions «d’entrisme» par exemple (également exploité lors d’ HEC ou de mon passage à l’UOIF ). La continuité de cette expérience dans ma démarche aura été plus sur la fonction des espaces que sur un développement du côté social de l’industrie pornographique.


                                                                                                                                                                             

     Comme des Anges, qui ne connaissait pas d'abord mon projet, n'a pas été choisi au hasard. Cadinot, mort depuis peu, était réputé absent lors de ses derniers tournages, et avec une réputation qui prévalait parfois sur la qualité réelle de ses réalisations. Le "Chevalier Blanc" du porno français s'est imposé à moi alors comme une évidence. Ce choix a été motivé également sur un autre point, celui qui veut que travailler pour une enseigne "gay" évacue assez facilement les questions du féminisme primaire (détestable). Pour conclure, je dirai que c'est une enseigne de qualité avec un personnel qualifié et vis-à-vis de qui bon gré mal gré je n'ai que très peu de critiques à faire pour les exposer ici. « Comme des Anges » aura aussi eu la valeur morale de m'enlever un stéréotype selon lequel les acteurs de porno sont souvent de jeunes écervelés, il y a des personnes tout aussi érudites et cultivées qu'excitantes.